2017 : l’année du virage.

Cette année, je voterai 2 fois. Non, plutôt 4 fois. Attendez, non. En réalité, je voterai 8 fois. Je t’entends déjà grogner Ô toi lecteur, lectrice : « C’est un blog de meuf, avec des catégories Kids, Lifestyle, Food et tutti quanti; et elle va nous soûler, elle aussi, avec les présidentielles ?? Je me casse. ».
Sois sympa, ne pars pas. Je te présente mes excuses, car oui, je vais parler de politique. Parce que tu as bien lu : je vais voter 8 fois. Présidentielles, législatives, 2 tours pour chacune, 1 fois pour moi, et 1 fois pour ma BFF qui sera paumée au fin fond de l’Equateur quand s’affichera le visage du(de la) nouveau(/elle) Président(e) de la République.

Montée dans l’avion le 1er septembre 2016, bras dessus-bras dessous avec son amoureux, ils reviendront fin juin 2017. Depuis leur départ, nous avons instauré le rendez-vous du « point rétro »: dans un WhatsApp enflammé ou un e-mail corrosif, je m’amuse à leur résumer les faits marquants du moment (du camouflet de Valls à la primaire jusqu’au Penelope Gate, en passant par Hatem Ben Harfa squattant le banc du PSG et le braquage de Kim Kardashian). En retour, ils  racontent leurs aventures et leur perception depuis l’étranger de ce pays que nous aimons tant.

Mais depuis quelques jours, plus de « point rétro ». J’ai un blanc. Je ne sais plus être corrosive ou enflammée pour les faire rire. Car nous sommes en plein virage. Je suis coincée dans cette voiture de course, à 250km/h, et je m’accroche au siège en essayant de ne pas vomir.
Je ne sais pas comment leur expliquer qu’ils retrouveront un pays différent, changé, blessé, dont les enfants se font méchamment la gueule, cherchent à se faire mal. Que le point de rupture se rapproche dangereusement. Leur torpeur, leur bonheur irradie nos fils Facebook et Instagram. Je ne veux pas distiller la moindre fumée noire.

Je ne sais pas comment leur dire que pour me donner sa consigne de vote, mon amie devra décortiquer des programmes (si tant est qu’ils existent) pour démêler le faux du presque faux, qu’elle devra s’obliger à lire ou écouter en replay des promesses qui semblent au mieux intenables, au pire dangereuses. Ou bien, qu’elle n’aura d’autre choix que de désigner une personnalité, un caractère, dont je mettrai le nom dans l’urne.

Comment leur dire que pas un jour ne se passe sans une révélation sur l’un des cols blancs qui pense mériter de diriger ce pays, que ceux-ci se gardent bien d’admettre que les racailles sont bien de leur côté aussi. Que la tension est à son comble depuis que 4 policiers sont accusés de viol et violences sur un jeune d’Aulnay-sous-Bois et que certains osent parler d’accident alors que ce gamin vivra avec une sonde et une poche pour une durée indéterminée.
Qu’un représentant d’un syndicat policier a expliqué sur un plateau télé que le terme « Bamboula » était bien plus convenable qu' »Enculé de flic » et qu’un ancien avocat de renom twitte pour le défendre en rappelant que « Bamboula » était un terme affectueux et sympa il y a 40 ans (inutile de préciser que ce Monsieur n’est pas noir).

Que les policiers qui font bien leur travail vont malheureusement payer pour les quatre mauvais cow-boys qui ont blessé Théo.
Que les jeunes de cités qui triment toute la journée souffriront encore plus des a priori depuis que des lâches, des chiens, ont tenter de brûler vifs quatre agents dans leur voiture de police. Comment leur dire que les deux blondes Bleu Marine banalisent l’extrême droite et que les voitures brûlées les font kiffer, leur offrant un boulevard pour déblatérer leurs inepties sur les cités, l’islam, les immigrés, les étrangers et tout autre terme pouvant servir à l’amalgame.

Comment leur dire que j’ai eu honte, peur et mal, quand j’ai osé pensé « c’est peut-être une chance pour mon fils de ne pas être noir comme moi. » Que pendant une minute, j’ai préféré faire comme s’il ne l’était pas. Née en France d’un père ivoirien et d’une mère auvergnate, je suis fière d’être noire (demi-noire comme on le dit parfois en riant). J’ai souffert quand les voisins racontaient que ma mère m’avait adoptée, comme si elle n’avait pas pu me mettre au monde. J’ai ri devant la bêtise d’une vendeuse qui m’affirmait que si j’étais fatiguée, ça devait être à cause du ramadan, alors que je suis baptisée. J’ai eu peur qu’on me prenne pour la baby-sitter de mes mômes, mais ils me ressemblent tellement malgré leur teint pâle que la méprise n’est pas possible.

J’ai longtemps affirmé que j’étais bien plus « blanche » que « noire », de par la culture dans laquelle j’ai grandi, de par le peu de lien qui m’unit à l’Afrique. Sans la mépriser, juste car je ne la connais pas assez.

Mais depuis quelques semaines, mon sang bout. Je suis, comme mon pays, en plein virage. Comme si on devait choisir un camp, chaque fait divers, chaque déclaration d’un candidat nous renvoie à notre identité. Encore et toujours.

Je suis française, mère de famille, diplômée d’un Master 2, working-girl dans une des plus grandes entreprises du pays. Ah oui, et accessoirement, je ne suis pas une « Bamboula ». Je suis juste noire. Quel que soit le problème que cela pose à certains, ça n’est pas prêt de changer :). Dans quelques semaines, seul dans l’isoloir, chacun d’entre nous devra faire un choix. Aucun ne semble optimal. La peste ou le choléra. Ou le papier blanc, nu de tout nom, scandale. Une voix muette, qui ne comptera malheureusement pas. Notre pays ne sera plus le même quoi qu’il arrive.

Je vais voter 2, 4, 8 fois. Et même si j’irai à reculons, j’irai. Car cela me donnera le droit de commenter, critiquer, analyser. Comment le faire si on a fait le choix de ne pas participer ? C’est déjà un choix me direz-vous. Certes, celui de ne pas se mouiller et de décharger sa petite part de responsabilité sur les autres. A bon entendeur… Rendez-vous le 23 avril.

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