Le cap est passé.

Nombreux sont ceux qui en font toute une histoire. Moi la première, avant de le vivre.
J’ai passé la moitié de l’année à me moquer de mes BFF, me vantant d’avoir 30 ans bien après elles (enfin, on se parle de respectivement 25 et 16 jours après. Tout est relatif). Aux questions « Ca va te faire mal, hein ? Un coup sur la tête, hein ? Tu vas prendre une sacrée cuite pour oublier, hein ? », je répondais systématiquement que oui, j’allais souffrir, pleurer, crier, boire pour oublier, et changer de crème de jour, parce qu’avec 30 ans au compteur, il faudrait faire attention aux pattes d’oies et rides du lion.

Mais rien ne s’est passé comme prévu. 

J’ai eu 30 ans sans pression. Calmement. Sans sang, sans larmes. Entourée de mes gosses, mon mari et mes amis de toujours. Ceux qu’on ne voit pas très souvent mais à qui on pense chaque jour ou presque, en se disant « La honte, je n’ai pas appelé depuis 2 mois. Lui/Elle non plus tu me diras. J’espère que ça va. J’appellerai demain ». Ceux qui débarquent l’un après l’autre en mode surprise foireuse car il y en a toujours un en retard et qui fout tout en l’air, mais on s’en moque, parce que c’est juste un bonheur de les voir passer la porte.

Je ne voulais pas faire de grande fête ou un long week-end sans dormir. J’ai lâché mes meilleures amies dans ce projet, car je savais que ma fille naîtrait quelques semaines avant et que j’aurais bien été incapable de la laisser trop longtemps. J’ai eu exactement ce que je voulais : de la douceur et de l’énergie, du champagne et des sushis (privation durant 39 semaines = sessions de rattrapage très nombreuses).

Le tsunami est arrivé ensuite. « Bah voilà. J’ai 30 ans, 2 mômes, 1 mari. Mais sinon, j’ai fait quoi ? Et maintenant ? ». Quelle erreur. J’ai passé une bonne semaine à nourrir des regrets : « J’ai arrêté de faire la fête trop tôt, je n’ai pas assez voyagé, pas assez vécu, pas assez appris ». « Pas assez », « trop tôt », « trop vite ». Un bilan ponctué de ces expressions à chaque affirmation. Et puis un couple d’amis m’a fait un cadeau. 3 plumes dans un cadre vintage. 2 petites et 1 grande au milieu, pour symboliser les 3 décennies qui venaient de passer, mais aussi mes enfants et moi.

C’est là que j’ai compris. Oui, j’ai 30 ans, 2 mômes, 1 mari. Mais sinon, j’ai fait quoi ?
J’ai appris de ma mère qui m’a élevée seule, pour ensuite lui en faire voir de toutes les couleurs. Fait la fête jusqu’aux limites à ne pas franchir. Rencontré de jolies personnes qui m’ont permis de me (re)trouver. Lutté contre les a priori quand j’ai eu mon premier enfant, et contre un baby-blues carabiné. Appris à vivre avec l’insidieuse boule au ventre qu’être responsable de la petite vie d’un autre génère.

Et maintenant ? C’est bien cette question la plus importante. Et c’est sur celle-ci que doit se fonder le bilan. Petite, je voulais être coiffeuse ou marchande de fleurs (pas fleuriste mais marchande de fleurs. Allez savoir). Aujourd’hui, je suis « dans le marketing« , chef de projet. C’est quand je dois répondre au fameux « Et tu fais quoi dans la vie » que je me rends compte de la futilité de la chose. « Euhhhh? Et bien je créé des e-mails automatiques qui sont envoyés en fonction du cycle de vie du client. » Voilà, voilà. Avant ça, j’ai passé 5 ans à vivre sous pression pour respecter un PAC, réaliser un PAM, créer des NLs de A à Z en flux tendu, le tout sans dégrader les KPI. Vous n’avez pas tout compris ? Tant pis.

Et maintenant ? J’ai envie de prendre des risques. Ce n’est peut-être pas le bon moment. Ce ne sera jamais le bon moment : j’ai deux lardons de 5 mois et 3 ans à la maison (faites des gosses, ils vous le rendront !). J’ai surtout, comme tout le monde, envie de donner un sens plus utile à ma vie professionnelle, qui représente plus de la moitié de la journée.
J’apprends à vivre autrement pour que cette décennie à venir soit la plus belle possible.

Je ne sais pas ce que je serai d’ici peu. Coiffeuse, marchande de fleurs, institutrice, décoratrice. Je. Ne. Sais. Pas. Ce que je sais, c’est que je ferai tout pour que, lorsque la prochaine dizaine arrivera, ma première pensée soit « Et bien, j’ai fait plutôt bien fait les choses ! ».

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